• Les plantes obsidionales de la région de Verdun

    Le terme obsidional désigne « ce qui a trait au siège militaire » et par extension « ce qui se rapporte à la guerre ». Les plantes obsidionales sont celles qui sont arrivées sur un territoire par fait de guerre. Elles sont parfois qualifiées de polémochores, terme plus exact qu’obsidional. C’est après 1870 que ce terme est employé pour des plantes. Deux botanistes ont relevé 260 plantes nouvelles autour de Paris, dont la présence ne pouvait être due qu’à des introductions volontaires ou non par les troupes étrangères. Ils ont consigné leurs découvertes dans une Florula obsdionalis.

    Les plantes obsidionales ou polémochores ont pris plusieurs voies pour apparaître sur les terrains de combats (fourrage des chevaux, graines transportées involontairement dans les bagages, plantations alimentaires ou médicinales). La Première Guerre Mondiale a été la dernière occasion de transport de graines de plantes étrangères en masse. L’abandon de la cavalerie à cheval au profit de celle à chars a réduit notablement les entrées de plantes étrangères dues aux troupes.

    Sur la Zone de Verdun, trois plantes illustrent particulièrement cette spécificité :

    la laîche fausse-brize (Carex brizoides) également dénommée crin végétal servait de bourrage aux paillasses des soldats de la Première Guerre Mondiale. Les paillasses souvent laissées sur place après la défaite allemande ont libéré les graines de cette plante que l’on trouve sur les anciens emplacements d’abris militaires allemands. Aujourd’hui il est parfois difficile de distinguer les stations naturelles des stations créées par le passage des troupes. On peut, cependant grâce à la connaissance de l’autécologie de la plante, croisée avec la connaissance des terrains de conflits s’avancer sur un certain nombre de lieux colonisés par les troupes.

    Les plantes obsidionales de la région de Verdunl’herbe aux yeux bleus (Sisyrinchium montanum) se retrouve encore aujourd’hui dans certains endroits où stationnèrent les troupes américaines. En effet, nos alliés étaient fort soupçonneux quant à la qualité du fourrage que l’on pouvait fournir pour leurs chevaux. Ce faisant, ils prirent leurs précautions et amenèrent la nourriture pour leurs montures de leur pays. Bien sûr, quelques graines d’espèces d’outre-Atlantique se dispersèrent autour des lieux de stockage.

    - le géranium des près (Geranium pratense) serait apparu peu après la guerre de 1870. Elle est souvent liée aux voies de communication, chemin de fer en particulier. Elle aurait été amenée avec le fourrage des chevaux allemands.

    Verdun reste un champ d’investigations pour les botanistes et autres naturalistes. La spécificité « plantes obsidionales » pourrait être un centre d’intérêt pour le futur Parc National, et également un sujet d’étude original mettant en relation le déroulement des opérations et la flore existante. D’autres plantes polémochores découvertes récemment dans la région de Baccarat – Raon-l’Etape telles que la glycérie striée (Glyceria striata) et le scirpe vert noirâtre (Scirpus atrovirens), plantes américaines, pourraient être trouvées lors du travail sur l’Atlas des Plantes de Lorraine entrepris par FLORAINE, Association des Botanistes Lorrains.

    François VERNIER

    Président de FLORAINE, Association des Botanistes Lorrains
    Membre titulaire de l’Académie Lorraine des Sciences


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :